SONATE EN FOU MINEUR
Je calculai mal la durée du trajet en autobus et arrivai en retard à l’asile, ou plutôt à « l’hôpital », repérant de loin l’entrée des employés à cause des gens qui en sortaient. Elle se trouvait sur un côté des tours de béton. Je pénétrai dans l’édifice et remontai la piste jusqu’à un vestiaire où on passait son uniforme avant de traverser la sécurité. Une case avait dû m’être assignée, mais j’ignorais son numéro. Comme je n’avais pas le temps de la chercher, j’en choisis une parmi celles qui étaient vides et j’y fourrai mon manteau avec mes clefs et ma monnaie dans une poche. Puis je sortis du vestiaire et je me précipitai derrière un homme qui venait de se changer et qui me regarda comme un intrus, moi qui étais encore en civil, tout en courant parce qu’il était en retard lui aussi. Nous aboutîmes à un second poste de sécurité. Là aussi, il fallait traverser un sas, mais le système était moins moderne qu’à l’entrée principale. Il était constitué de barreaux et de tourniquets qu’il fallait pousser soi-même lorsqu’ils étaient déverrouillés. On devait d’abord faire traverser ses affaires personnelles en les donnant à un préposé qui fouillait les sacs, puis les déposait sur un tapis roulant. Je n’avais que du papier musique et des crayons que je lui laissai avant d’aller me placer dans la queue pour le sas. De l’autre côté des barreaux, les employés qui voulaient sortir formaient une file beaucoup plus longue que la nôtre, et alternaient avec ceux qui entraient parce que tous devaient emprunter le même chemin. Pour aller plus vite, certains traversaient à deux, et d’autres ne se donnaient pas la peine de montrer leur carte et disaient >> page suivante >>
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